19 déc. 2006

Ah Noël

Chaque année ce petit calvaire se répète. On n’est bien loin du « il est né le diviiiiiine enfant », ça fait quelques années que je ne vais plus à la messe de miniut, bien que s’époumoner en chantant "glOoooOooooooria in excelsis Deooooooo", c’est fou ce que ça défoule…

Donc la course aux cadeaux commence, j’ai beau essayer de faire des listes d’idées au cours de l’année, emporrrrrté par la foouuuule et l’urgence on prend les merdouilles qui se présentent en se disant que ça fera bien l’affaire. Outre le monde c’est qu’il faut aussi subir les chants de noël remixés versions voix stridentes, ça à tendance à m’abrutir un peu, déjà qu’en temps normal c’est pas facile… En plus je n’ai même pas le loisir de me réfugier vers le rayon BD ou bouquins déjà pris d’assaut par tout un tas de gens comme moi qui se planquent en attendant que leur cher et tendre brave tous les dangers pour trouver THE cadeau…

De toute façon, la tante de mon Totoro va encore nous offrir un truc immonde, l’année dernière on a eu droit à une statue en acier faite d’écrous et de boulons figurant une séance de psychanalyse… J’ai eu un mal fou à la planquer dans un endroit accessible au cas où elle nous rendrait visite… C’est l’intention qui compte me direz-vous ? Ben pour le coup on lui a gardé le calendrier offert par le resto japonais du coin figurant des petits cochons (année chinoise du cochon oblige…), gniark, gniark, gniark (rire démoniaque du gros méchant des mangas).

Sur ce, je retourne à mes paquets (on n’a pas eu le courage de faire la queue pour les faire emballer par les petits scouts).


13 déc. 2006

Premier roman de Wataya Risa (comme promis)

Install - Wataya Risa - Editions Philippe Picquier


Quatrième de couverture :

"L'étrange début dans la vie d'Asako, lycéenne de terminale qui a déserté la guerre des examens, et de Kazuyoshi, un petit génie de l'informatique de dix ans, qui se lancent tous les deux dans la gestion d'un site de conversations pornographiques sur Internet. Après avoir fait le tour des dangers et des mensonges du monde virtuel, Asako et Kazuyoshi retourneront à la solitude fondamentale de l'enfance face aux adultes et à l'avenir.

Ecrit à dix-sept ans pendant ses vacances d'été, le premier roman de Wataya Risa : un subtil composé d'innocence et de perversité, d'allégresse et de désespérance."

Un petit livre d'une centaine de pages qui se lit d'une traite. Asako refuse la norme d'un univers adolescent où on est jugé à chaque seconde et où l'échec est source d'exclusion. Dans l'enseignement japonais la différence est rejetée et le harcèlement moral est toléré (l'ijime (le maltraité) d'une classe vivra un enfer qui le poussera parfois à la phobie scolaire).
Asako sans être un bouc émissaire se sent différente et fait le constat du vide de sa vie et de sa solitude. Elle choisit d'arrêter l'école en cachette d'une mère absente qui l'élève seule. Avec l'aide de Kazuyoshi, elle découvre le maniement de l'ordinateur et le porno virtuelle. Rapidement, elle se prend au jeu à la fois intriguée et excitée par cet univers.

Ce récit, bien qu'amusant, m'a un peu laissé sur ma faim, avec une issue un peu trop consensuelle à mon goût. Néanmoins, cela m'a donné envie de lire le deuxième roman de Wataya Risa, Appel du pied.


Extraits :

"C'est en se familiarisant avec les ténèbres que l'homme vainc sa peur et son incompréhension. Le monde en devient plus petit et plus mince. Pour éviter de se le prendre dans la gueule en devenant adulte, autant plonger de soi-même dans l'univers du sexe avant l'âge. Après, au moins on n'aura plus peur."

"Quand la gaucherie n'est pas le signe positif d'une humilité qui cache un fonds solide comme le roc, [...], la maladresse, la vraie, c'est vraiment une plaie. C'est dangereux. Ca fait peur. [...] la vraie timidité ça n'a aucun charme, c'est juste triste comme la boue, ça donne aux autres l'envie de se braquer."

Pour en savoir plus sur l'adaptation d'Install en film : Raindrop

7 déc. 2006

Overdose de télévision

J'habite dans la télévision - Chloé Delaume - Editions Verticales

Quatrième de couverture :

"Chloé Delaume a voulu comprendre en quoi consistait la mise en disponibilité mentale des téléspectateurs. Durant 22 mois, du lever au coucher, elle s’est faite «sentinelle» de la télévision, devenant son propre sujet d’étude, se soumettant aux flux de messages médiatiques et publicitaires, ingurgitant le maximum de programmes de divertissement, téléréalité surtout, pour en ramener « des informations du réel ». À travers cette expérience limite, la narratrice décrypte sa mutation en cours : cerveau et corps se modifient inéluctablement. Quand l’humain n’est plus qu’un outil au service de « la fiction collective »."

A mesure que le récit avance, on voit sa dépendance à la télévision augmenter. Elle consigne de manière très imagée les effets de cette exposition intensive et décrypte ses réactions face à la publicité, aux émissions de divertissement, à la télé réalité...

Chloé Delaume joue avec les mots, prenant à partie le lecteur sous la forme du "vous" pour mieux l'impliquer, le rendant ainsi acteur (à l'inverse de la télévision) et l'invitant à s'interroger sur la marge de manœuvre de son libre arbitre.

Ponctué de références au marketing, à la psychosociologie et de citations télévisuelles, le récit est d'une lucidité et d'un humour grinçant.

N'étant pas une grande adepte du petit écran, j'adhère parfaitement au développement de Chloé Delaume, à son univers dans lequel il faut savoir pénétrer, une langue et un rythme particuliers. Je me souviens lorsque j'étais étudiante, sans télévision, alors que mes camarades débattaient avec passion sur le "Bachelor", d'avoir pensé à quand les jeux du cirque? Et d'avoir découvert avec horreur chez une amie l'émission dite de "L'île de la tentation", mais ce n'est pas possible, ce sont des acteurs!


Extraits :

"Le secret de fabrication du temps de cerveau disponible, je ne sais pas si je le trouverai. Je voudrais juste cerner les phases du formatage et de l'aspiration. A la question : cette expérience constitue-t-elle une excellente excuse pour ne rien branler sur le canapé, je réponds par la négative. Il ne s'agit pas de vivre devant la télévision. Il s'agit de vivre avec."

A propos de la télé réalité : "Je n'ai pas eu de compassion, jamais, face à ces débris d'êtres. Ce n'est pas un sentiment vivace chez moi, je sais. C'est un peu court, jeune fille, alors j'ai continué. Continuer à chercher la raison du rejet, du dégoût même, parfois. Je crois qu'il y a une loi qui s'applique malgré moi, une loi d'ordre physique. Tout corps plongé dans la télévision subit une poussée sadique chez le téléspectateur. Torture et meurtre, on y revient. Et on y reviendra toujours. L'empathie disparaît quand le dispositif se veut VidéotromeTM."

Pour en savoir plus sur Chloé Delaume : Lien



5 déc. 2006

Pour les amateurs de lyonnaiseries

La Machonnerie c’est un peu le resto traditionnel incontournable à Lyon. Donc pour ceux qui aiment manger bon et copieux, un petit descriptif du menu du Gône qui ravi les gourmands et satisfait les appétits les plus insatiables.

Alors en entrée, on commence par le pied de caillon (cochon) pané, tout tendre, chaque bouchées fond divinement dans la bouche. Il est suivi d’une généreuse et authentique salade lyonnaise, avec ses petits croutons dorés, ses gros lardons rissolés et ses œufs pochés, une fête pour les yeux et les papilles. Puis arrive la soupe des canuts, un doux mélange de madère, de crème, d’oignons et de pain, qui réchauffe le palais.



Vient ensuite le plat de résistance, pour ma part je choisis volontiers le gâteau de foies de volailles sauce financière, à la fois léger et juste relevé comme il faut. La quenelle au brochet et son coulis d'écrevisse (pour l’avoir goûté dans l’assiette de mon voisin) est également savoureuse, toute en rondeurs et soufflée à point.


Là on reprend son souffle avant de plongée avec délectation dans un saladier de cervelle de canut riche en ail et en ciboulette (le plateau de fromages secs et le fromage blancs en faisselle n’avaient pas l’air mal non plus, mais à ce stade il devient difficile de toucher à l’assiette du voisin).



Enfin arrive l’apothéose : La chouquette, une délicieuse pâte à choux recouverte de crème fraîche montée en chantilly et arrosée d’un filet de miel de châtaigne. C’est alors une explosion de saveurs douces et sucrées, de textures à la fois moelleuses et aériennes, un véritable orgasme culinaire. Ne reste plus qu’à bredouiller un haaaaa et verser une larme à la dernière bouchée.



On repart à quatre pattes la peau du ventre bien tendue en gardant en souvenir ce merveilleux moment, ponctué de « hmm, c’est trop bon, tu veux goûter ? »

Au secours, avis de fièvre acheteuse !

Ces dernier temps une nouvelle maladie frappe mes amis les uns après les autres. Passer 25 - 26 ans, une fois le premier job trouvé et la caution de l’appartement payée, ils semblent pris d'une obsession qui se traduit par une course à l’équipement. C’est à qui aura le dernier lave-vaisselle 24 couverts, intégrable et silencieux avec départ différé ; la cuisinière à chaleur tournante, pyrolyse, autonettoyante ; le réfrigérateur chromé 300 litres, intégrable, avec froid ventilé ; le super vidéo-projecteur portable, LCD ; la dernière PS3 avec web cam et kinétic ; la dernière PSPS ; l’Ipod nano shuffle clignotant ; le portable nouvelle génération avec gyrophare intégré et sonneries à gogo, « une tourniqueeeeeetttte pour faire la vinaigrette, un bel aérateur pour bouffer les odeurs… *». Ouf !

Une fois qu’on à tout ça, comme l’appart est trop petit pour tout contenir on emménage dans un 3 pièces, de préférence dans un quartier résidentiel, parce que le bruit en centre ville quand on bosse c’est plus très cool et tant qu’à faire on l’achète (grâce au crédit sur 35 ans).

En général, le syndrome de la fièvre acheteuse se manifeste dans les conversations, « whooooooa, trop bien ton canapé réversible en cuir et ta télécommande multidirectionnelle, whifi, bluetooth » (où je ne sais trop quoi), arrivé à ce stade, je m'interroge, suis-je aussi contaminée? Je me sens toute émue à la pensée de ma vieille machine à laver de récupe qui trône au milieu de ma salle de bain minuscule et qui a su révolutionner ma vie (au bout d’un an, je la regarde encore les yeux pleins d’étoiles). C’est fascinant ce truc qui tourne tout seul et qui lave mon linge. Puis je me dis que je fais de sacré économies, car d’ici 5 ans le kinétic sera vraiment au point et le prix du vidéo projecteur aura considérablement diminué. Mes amis auront encore acheté pleins de trucs super utiles et tous leurs équipements seront dépassés. A ce rythme, ils devront encore changer de logement et ne pourront pas profiter des plus values.

Bon finalement, je me demande si je ne vais pas mettre mon projet de communion transcendantale avec le granit Lozèrien à exécution…


* La complainte du progrès - Boris Vian